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Thursday, January 15, 2026

Opinion : Washington a changé la donne dans le Caucase du Sud

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Par Dr. Namiq Aliyev

Le sommet de Washington du 8 août 2025 entre l’Arménie et l’Azerbaïdjan n’a jamais été une simple signature de documents. C’était le moment où l’ancien ordre dans le Caucase du Sud s’est effondré — et où un nouvel ordre a commencé à prendre forme.

Pendant des décennies, la diplomatie de cette région suivait un script usé. Moscou jouait le rôle de médiateur irremplaçable, les acteurs occidentaux tournaient autour des bords, et la « paix » se mesurait par les pauses entre les guerres. Ce script a maintenant été déchiré. Les États-Unis sont intervenus — non pas comme commentateurs, mais comme les principaux architectes d’une nouvelle conception régionale.

De l’observateur à l’architecte
La déclaration de paix et la Route Trump pour la paix et la prospérité internationales (TRIPP) sont bien plus que des gestes symboliques. Washington n’a pas seulement joué le rôle de médiateur ; il a acquis une participation de 99 ans dans l’un des corridors les plus stratégiques d’Eurasie — un itinéraire reliant l’Azerbaïdjan au Nakhitchevan via l’Arménie.

C’est un changement profond. Cela donne aux entreprises affiliées aux États-Unis un accès direct à l’infrastructure du Caucase du Sud et permet à Washington d’avoir un levier économique durable sur Erevan et Bakou. En un seul mouvement, les États-Unis ont construit un contrepoids aux bases militaires russes et à la politique des oléoducs.

Le nouveau Mémorandum signé entre les États-Unis et l’Azerbaïdjan sur la Charte de Partenariat Stratégique consolide ce tournant. Au cours des six prochains mois, cela ouvrira la voie à une coopération accrue dans les domaines de l’énergie, de l’IA, de la sécurité et du commerce, des secteurs où les États-Unis peuvent s’ancrer dans la trajectoire à long terme de la région.

La perte de la Russie, le dilemme de l’Iran
Pour la Russie, la perte est indéniable. Le Groupe de Minsk de l’OSCE est parti, les casques bleus de l’OTSC sont absents de l’accord, et les « préoccupations » de Moscou à propos du TRIPP ressemblent plus à de la résignation qu’à un défi. Trois décennies de monopole de médiateur sont terminées — et pas selon les conditions de la Russie.

La position de l’Iran est plus délicate. Officiellement, Téhéran se félicite de l’accord de paix. Officieusement, il craint un corridor qui marginalise son rôle de pont entre l’Azerbaïdjan et la Turquie, qui établit une influence américaine près de ses frontières et complique les ambitions chinoises et iraniennes de la Nouvelle Route de la Soie. L’Iran parle de coopération tout en calculant discrètement les risques d’encerclement.

La victoire silencieuse de la Turquie
Ankara n’avait pas besoin d’un siège à la table pour tirer profit de cet accord. Le TRIPP resserre les liens du monde turcique, renforce le rôle de l’Azerbaïdjan dans la sécurité énergétique européenne et pousse l’Arménie à normaliser ses relations avec la Turquie — pas parce qu’Erevan le souhaite, mais parce qu’il n’a peut-être pas d’autre choix.

L’Europe et la Chine en retrait
L’UE, qui était autrefois désireuse d’héberger les négociations de paix à Bruxelles, ne peut que hocher poliment de la tête depuis la touche. La Chine, quant à elle, pourrait voir ses cartes commerciales soigneusement tracées perturbées si le TRIPP devient un concurrent sérieux de ses routes de transit préférées à travers l’Iran.

La fin du modèle post-soviétique
La véritable histoire ici n’est pas seulement l’accord — c’est la mort du modèle de règlement des conflits post-soviétiques. L’ère du multilatéralisme dirigé par Moscou, des « droits des vainqueurs » et des conflits gelés comme outil politique est en train de disparaître. Ce qui le remplace, c’est le bilatéralisme dirigé par les États-Unis, les incitations économiques plutôt que les menaces militaires, et une véritable compétition entre les grandes puissances pour l’influence dans une petite région mais stratégiquement clé.

Les enjeux à venir
Cette paix tiendra-t-elle ? Cela dépend de bien plus que de simples signatures. L’Arménie doit modifier sa constitution pour renoncer aux revendications territoriales ; l’Azerbaïdjan doit croire que cet ordre médié par les États-Unis vaut la peine d’être investi. La Russie cherchera des opportunités, l’Iran restera prudent et la politique interne à Erevan pourrait encore faire dérailler le processus.

Mais pour l’instant, les États-Unis ont repris un siège — en fait, le siège principal — à la table du Caucase du Sud. L’Azerbaïdjan sort plus fort, l’Arménie moins isolée, la Turquie stratégiquement enrichie et la Russie affaiblie.

Si le 8 août a été une victoire pour la diplomatie, c’était aussi un avertissement : dans cette région, les vides géopolitiques ne restent jamais vides longtemps. Washington en a rempli un — la question est de savoir combien de temps cela durera.

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