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Tuesday, January 13, 2026

L’Azerbaïdjan n’autorisera pas que l’Arménie redevienne l’instrument de qui que ce soit

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Natig Nazimoglu

Les accords historiques conclus à Washington entre l’Azerbaïdjan et l’Arménie ont, comme on pouvait s’y attendre, suscité une vive colère chez les chauvinistes arméniens. Toujours animés par des sentiments revanchards, ils accusent le Premier ministre Nikol Pashinyan de « trahison », de « capitulation » et de « livraison de territoires » — des accusations qui révèlent surtout leur vision défaite et brisée par l’échec face à la paix avec l’Azerbaïdjan.

Au milieu de cette hystérie anti-Washington, une partie de l’opposition arménienne se déchire de désespoir, une autre se prépare à livrer le dernier combat contre le pouvoir. L’oligarque arrêté Samvel Karapetyan annonce la création d’un « mouvement politique » aux « plans ambitieux » pour l’Arménie. Les cercles revanchards, rêvant d’une nouvelle agression contre l’Azerbaïdjan, comptent aussi sur la « restauration de l’alliance stratégique » avec la Russie — la conservation de la base russe n°102 à Gyumri, et d’autres mesures visant à ranimer le avant-poste russe en Arménie.

Derrière ces initiatives de l’opposition anti-paix se devinent clairement les manœuvres de la Russie elle-même. Le ministère russe des Affaires étrangères a déjà exposé une première série d’arguments visant à mettre en doute la validité des documents signés à Washington par les dirigeants azerbaïdjanais et arméniens, en présence du président américain. Parmi eux figurent des réserves concernant la création, avec la participation américaine, de la « Route Trump » — le corridor de Zanguezour reliant l’Azerbaïdjan continental à sa république autonome de Nakhitchevan. La déclaration d’Alekseï Fadeev, directeur adjoint du département de l’information et de la presse du MAE russe, selon laquelle « il faut tenir compte de l’appartenance de l’Arménie à l’Union économique eurasienne et de la présence de gardes-frontières russes dans la région de Syunik », doit être lue comme un moyen de pression sur Erevan pour lui rappeler ses liens avec Moscou.

Pour asseoir ces « recommandations », Moscou cherchera manifestement à soutenir les forces politiques hostiles au gouvernement de Pashinyan avant les élections de 2026. Aider leur succès est la seule façon de réorienter la politique étrangère arménienne dans un sens prorusse, ce qui impliquerait de chercher à faire échouer les accords de Washington. D’autant que la signature d’un traité de paix entre l’Azerbaïdjan et l’Arménie ne pourra intervenir qu’après une modification constitutionnelle en Arménie visant à lever les revendications territoriales contre l’Azerbaïdjan. Si le gouvernement actuel compte procéder à cette réforme après les élections — dont il espère sortir victorieux —, l’opposition prorusse espère empêcher cette révision constitutionnelle en cas d’éviction du pouvoir de Pashinyan.

Mais la tentative de déstabilisation fomentée par Moscou et les revanchistes arméniens qu’elle encourage est stratégique- ment myope. Le dossier du corridor de Zanguezour implique désormais les États-Unis, et il a été conclu avec le consentement de deux États souverains — l’Azerbaïdjan et l’Arménie — qui seuls peuvent décider du sort de cet axe de transport. Le facteur clé reste l’Azerbaïdjan lui-même, qui, fort de la Grande Victoire, affirme son statut de puissance régionale et balaie les scénarios visant à le réduire. Pour ces raisons, toute tentative de rendre l’Arménie à nouveau « instrument » dirigé contre l’Azerbaïdjan est vouée à l’échec.

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