La réponse surprenante de la Russie au projet de la “Route Trump” – un corridor de transport devant traverser la région de Zangezur en Arménie – révèle plus que de la flexibilité diplomatique. Cela pourrait exposer un nouveau calcul géopolitique, voire un accord tacite avec Washington.
Au lieu de rejeter l’idée de manière catégorique, le vice-Premier ministre russe, Alexei Overchuk, a déclaré que Moscou pourrait soutenir le projet s’il bénéficie à l’Arménie. Pour l’analyste politique arménien Suren Surenyants, ce n’était pas un accident : “Tout le monde s’attendait à un refus ferme. À la place, Moscou a signalé qu’il était prêt à envisager le corridor. C’est un changement majeur.”
Pourquoi la Russie Reste-T-Elle Prudent ?
Surenyants soutient que la retenue du Kremlin découle de trois facteurs clés :
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Fatigue de la Guerre en Ukraine – Déjà embourbée en Ukraine, la Russie ne peut pas se permettre d’ouvrir un autre front avec les États-Unis.
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Scepticisme Calculé – Moscou doute que la Route Trump soit un jour construite et ne voit aucun intérêt à gaspiller du capital politique dans une opposition bruyante.
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Accords en Coulisses – Il est possible que Washington et Moscou aient déjà conclu un accord tacite concernant le corridor.
Les Risques Stratégiques
Si le projet avance, il pourrait redéfinir les rapports de force dans le Caucase du Sud. Surenyants met en garde contre plusieurs dangers pour Moscou :
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L’influence occidentale qui s’étend davantage dans la région,
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L’Arménie qui s’éloigne encore plus de l’orbite russe,
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La Turquie et l’Azerbaïdjan qui renforcent leur position.
Pour un Kremlin qui s’accroche encore à la doctrine de la “sphère d’influence”, chacun de ces résultats marquerait une érosion directe de son autorité.
Mais Aussi des Gains Potentiels
Cependant, Surenyants souligne que Moscou n’est pas complètement mis à l’écart. Le corridor pourrait offrir à la Russie un levier économique, une participation au commerce transfrontalier ou, du moins, l’opportunité de se présenter en tant que médiateur de paix.
Selon ses mots : “Si le projet échoue, la Russie ne perd rien. S’il réussit, Moscou peut s’insérer dans les composantes économiques ou l’utiliser comme une carte de négociation.”
Un Pari Géopolitique
Ce qui émerge, c’est l’image d’un Kremlin qui n’embrasse ni ne rejette la Route Trump, mais qui se positionne prudemment, jouant pour gagner du temps, évitant les confrontations inutiles et gardant ses options ouvertes. Pour l’instant, Moscou parie que la flexibilité achètera de l’influence à long terme.
La question de savoir si cela représente une diplomatie astucieuse ou une complaisance stratégique dépendra de la capacité de Washington, Ankara et Bakou à transformer la Route Trump d’une idée en réalité.
