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Monday, January 19, 2026

Fini les Douchettes du Kremlin : Comment Bakou Planifie sa Nouvelle Normalité

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Sur Novosti Kavkaza, l’analyste Farhad Mammadov a affirmé que la récente interview du président Ilham Aliyev avec Al Arabiya marquait un tournant : l’Azerbaïdjan établit une “nouvelle normalité” pragmatique dans ses relations avec la Russie, fondée sur la clarté historique, le pragmatisme transactionnel et une stratégie eurasienne plus large.

L’histoire appelée par son nom

Mammadov a souligné que la référence d’Aliyev à l’invasion de l’Armée rouge de 1920 comme une occupation n’était pas nouvelle dans la narration de Bakou. Elle est inscrite dans les manuels scolaires et dans la déclaration d’indépendance de 1991. La nouveauté, a-t-il soutenu, réside dans la tentative de Moscou de reformuler cet épisode en “guerre civile” ou “entrée volontaire”. Pour l’Azerbaïdjan, la question est tranchée : “L’histoire est une science précise. L’occupation doit être appelée occupation.”

La réaction russe — et la diversion MGIMO

Certains commentateurs russes ont essayé de déformer les propos d’Aliyev en une critique de la carrière soviétique de Heydar Aliyev. Mammadov a rejeté cela comme du bruit propagandiste, rappelant que l’Azerbaïdjan n’efface pas son passé soviétique — il l’assume, y compris sa propre commémoration nationale du Jour de la Victoire. Ce que Bakou rejette, a-t-il insisté, c’est l’habitude de Moscou de faire la leçon à ses voisins tout en esquivant sa propre identité nationale non résolue entre “impériale” et “fédérale”.

Une “nouvelle normalité” avec Moscou

Selon Mammadov, les relations avec la Russie sortent d’une phase émotionnelle pour entrer dans un pragmatisme structuré :

  • Si aucune rencontre Aliyev–Poutine n’a lieu en marge des prochains sommets (comme en Chine), attendez-vous à un risque accru d’épisodes d’escalade, comme les tensions d’Ekaterinbourg.

  • Si une rencontre a lieu, elle pourrait encadrer une relation plus transactionnelle axée sur l’économie — sans pour autant revenir sur les lignes rouges de l’Azerbaïdjan.

Mammadov a noté que Bakou avait déjà soulevé directement auprès de responsables russes des questions sensibles : rapports d’Azéris confrontés à des purges professionnelles, pressions sur les entreprises, et l’esquive de Moscou concernant le récit de la tragédie d’AZAL, qui contraste avec le précédent de l’Azerbaïdjan d’excuses rapides et de compensations après avoir abattu un hélicoptère russe.

Les “douches contrastées” du Kremlin

Mammadov a décrit la politique russe comme un mélange de “tours” rivales et d’une autorité centrale qui préfère laisser les contradictions sans contrôle. Le résultat est une diplomatie de “douche contrastée” : des oscillations de chaleur à pression destinées à déstabiliser. La réponse de l’Azerbaïdjan : répondre de manière constructive aux démarches constructives, fermement aux destructrices, et éviter d’être entraîné dans des jeux factionnels.

OCS : pas un bloc, mais une plateforme

En prévision du sommet de l’Organisation de Coopération de Shanghai (OCS), Mammadov a noté que l’Azerbaïdjan et l’Arménie avaient tous deux manifesté de l’intérêt pour l’adhésion. L’obstacle, a-t-il dit, ne réside pas dans les principes mais dans les rivalités Inde–Pakistan : la proximité de Bakou avec Islamabad et la non-reconnaissance de l’Arménie par le Pakistan compliquent le calcul.

Pourtant, il a souligné que l’OCS n’est pas un bloc militaire comme l’OTAN ; c’est une plateforme de dialogue sur la sécurité et d’initiatives économiques, notamment l’intégration numérique promue par la Chine. Cela, a-t-il soutenu, laisse de l’espace pour que les pays participent à l’OCS tout en maintenant des partenariats occidentaux.

Après le Groupe de Minsk : ancrer la paix

Mammadov s’est félicité de la dissolution du Groupe de Minsk de l’OSCE comme le signe le plus clair à ce jour que le processus de paix avance. Avec des déclarations déjà avalisées par les États-Unis sur la table, il a averti que tout gouvernement arménien qui tenterait de revenir sur la reconnaissance de l’intégrité territoriale se heurterait non seulement à Bakou mais aussi à la mémoire de Washington de cet engagement.

Échafaudage régional

Pour l’instant, Mammadov voit de la valeur dans des trilatérales pratiques — Azerbaïdjan–Turquie–Géorgie, Azerbaïdjan–Ouzbékistan–Turkménistan, et même d’éventuelles Azerbaïdjan–Géorgie–Ukraine ou Roumanie (Constanța) — pour maintenir le commerce et le transit vivants. Avec le temps, il estime que la dissuasion se déplacera vers de plus grands acteurs mondiaux, les triangles se concentrant davantage sur la géoéconomie.

La conclusion

La ligne directrice de Mammadov est claire : l’Azerbaïdjan ne jouera pas aux jeux de Moscou de négation historique ou d’intrigues factionnelles. Il appellera l’histoire par son nom, établira des faits qui forcent des réactions et construira l’équilibre à travers de multiples plateformes — GUAM, OCS, trilatérales — tout en rendant la paix avec l’Arménie irréversible.

“Aucune culture imposée, aucune empreinte coercitive. Le commerce, oui. La pression, non,” a conclu Mammadov.

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