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Saturday, January 17, 2026

L’art de l’équilibre de l’Arménie : la rencontre cordiale de Pachinian avec Poutine masque de profondes fractures

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Lorsque le Premier ministre arménien Nikol Pachinian a rencontré le président russe Vladimir Poutine en marge du sommet de l’Organisation de coopération de Shanghai en Chine, le décor paraissait bien familier : paroles chaleureuses, références aux “relations fraternelles”, et un porte-parole du Kremlin saluant une conversation “bonne et longue”. Mais derrière cette chorégraphie diplomatique se cache une relation soumise à des tensions historiques. Pendant près de trois décennies, l’Arménie s’est reposée sur la Russie comme principal garant de sa sécurité. Cette dépendance s’est effondrée après l’attitude passive de Moscou durant la guerre du Karabakh en 2020 et ses suites, laissant Erevan désillusionné et vulnérable. Depuis, Pachinian a pris des mesures progressives vers les institutions occidentales, soutenant récemment les efforts de paix parrainés par les États-Unis avec l’Azerbaïdjan et explorant un alignement sur les normes européennes. Dans ce contexte, une rencontre en face à face avec Poutine revêt à la fois une nécessité symbolique et un risque politique.

Les mots face à la réalité
Le compte rendu du Kremlin a insisté sur la continuité —“liens fraternels”, dialogue institutionnel et les clichés habituels d’alliance. Pourtant, ces formules sonnent de plus en plus creux à Erevan. L’Arménie a réduit sa participation aux exercices militaires de l’OTSC, remis en question l’utilité des forces de maintien de la paix russes et s’est tournée vers Washington et Bruxelles pour une couverture diplomatique. Le discours de Pachinian, bien que poli à Pékin, a ces derniers mois présenté la Russie comme un partenaire de pertinence décroissante.

Le langage de la rencontre —utile, substantiel, efficace— s’inscrit dans une longue tradition d’euphémismes diplomatiques qui masquent l’absence de résultats concrets. Contrairement aux sommets précédents, il n’y a eu ni nouveaux accords, ni projets annoncés, ni mesures visibles pour combler le fossé stratégique grandissant.

L’influence déclinante de Moscou
Pour Poutine, qui cherche à montrer que la Russie reste l’arbitre incontournable dans le Caucase du Sud, l’image d’un échange avec Pachinian conserve une utilité. Le Kremlin doit prouver qu’il n’a pas complètement perdu l’Arménie. Mais l’influence de Moscou s’est érodée : ses promesses de sécurité sonnent creux, son attractivité économique est concurrencée par les offres européennes et son engagement militaire en Ukraine limite son rôle dans le Caucase.

L’équipe de Pachinian en est consciente. En rencontrant Poutine, elle gagne du temps, évite une rupture ouverte et maintient les canaux pendant que l’Arménie poursuit son pivot graduel vers l’Ouest. Le dirigeant arménien a appris à équilibrer les apparences —des paroles chaleureuses à Pékin, mais des démarches d’intégration occidentale à Washington et à Bruxelles.

La vision d’ensemble
La rencontre de cette semaine met en lumière le paradoxe de la politique étrangère de l’Arménie. Pachinian ne peut pas se permettre de rompre totalement avec la Russie, notamment en raison de la dépendance énergétique et de la présence de bases russes. Mais il ne peut pas non plus se permettre politiquement de retomber dans les bras de Moscou. Les “relations fraternelles” louées par Poutine relèvent désormais davantage de la rhétorique que de la réalité.

Pour l’Azerbaïdjan, la Turquie et les États-Unis, le message est clair : la Russie veut toujours une place à la table, mais l’Arménie cherche à se protéger. Et pour Moscou, la poignée de main chaleureuse à Pékin est peut-être moins un signe de loyauté qu’un rappel que l’influence dans le Caucase n’est plus garantie.

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