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Sunday, January 18, 2026

Paix de facto, processus de jure : au cœur du “reset” du Caucase postérieur au 8 août

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L’analyste politique Farhad Mammadov, ancien directeur du Centre d’études stratégiques auprès du président de l’Azerbaïdjan, estime que le Caucase du Sud entre dans une phase décisive où les États régionaux – et non les puissances extérieures – doivent conserver “l’avantage décisif” sur les résultats.

S’exprimant sur la chaîne YouTube Daily Europe Online, il a affirmé que la “Route Trump pour la paix et la prospérité internationale” (TRIPP), soutenue par les États-Unis, a donné une impulsion opérationnelle à la réouverture des liaisons est-ouest, mais que l’architecture de la paix reste principalement pilotée par l’Azerbaïdjan et l’Arménie.

Symboles, signaux et récit changeant
Mammadov a qualifié de “symbolique” la récente suppression du mont Ararat des emblèmes officiels d’Erevan – un pas vers l’alignement de l’imaginaire national sur la géographie de l’Arménie actuelle et la réduction des irritants avec ses voisins. Il a relié ce choix aux clauses du projet de traité de paix obligeant les deux parties à éviter de soutenir des structures séparatistes.

Après le 8 août : paix de facto, processus de jure
Depuis la réunion de la Maison-Blanche et la déclaration conjointe des dirigeants azerbaïdjanais et arméniens, Mammadov estime qu’un cadre de paix de facto s’est formé, même si le processus se poursuit.

Il a souligné que le rôle de Washington s’est accru car Bakou et Erevan ont invité les États-Unis à participer au dossier du transport ; les autres volets demeurent bilatéraux et progressent – notamment la délimitation/démarcation frontalière.

Il a attribué l’implication personnelle de Trump à l’apaisement de la rhétorique de la Russie et de l’Iran et à l’attention accrue de l’UE, citant les visites du représentant spécial de l’UE à Nakhitchevan et en Arménie pour évaluer les investissements dans la connectivité.

Zanguezour/TRIPP : échéances et alternatives
Concernant la connectivité, Mammadov prévoit que la fenêtre compétitive pour les corridors eurasiatiques se situe entre 2028 et 2030.

Il a déclaré que l’Arménie reconnaît désormais que “le train part” – d’où la course pour finaliser la base juridique. Des branches parallèles – la voie ferrée Nakhitchevan–Kars entièrement en Turquie et une dérivation iranienne – ont été planifiées avec ces échéances en tête.

Selon lui, l’infrastructure elle-même constitue un atout stratégique : disposer de lignes et de régimes juridiques en place crée des options lorsque les conditions de marché s’alignent, comme ce fut le cas du corridor Bakou–Tbilissi–Kars après des années de sous-utilisation.

Pourquoi l’Azerbaïdjan n’a pas forcé le corridor
Il a indiqué que le recours à la force aurait sapé la stratégie globale de Bakou : intégration aux marchés européens, investissements à long terme de SOCAR et réputation de mener à terme des projets sans conflits gelés. Des objectifs incompatibles avec l’image d’un État agresseur.

Énergie, Europe et climat médiatique
Avec des liens énergétiques UE–Russie peu susceptibles de se rétablir, le marché européen reste “structurellement attractif”. Le GNL américain ne peut couvrir seul la demande, garantissant un rôle au pétrole et au gaz azerbaïdjanais.

Mammadov a également noté le reflux des narratifs anti-azerbaïdjanais dans les médias occidentaux, lié selon lui à l’assèchement des financements d’écosystèmes ONG–médias.

Il a défié les acteurs européens – surtout la France – d’expliquer aux Arméniens pourquoi les signaux politiques du passé n’ont pas produit de résultats durables, menant à la dissolution du Groupe de Minsk de l’OSCE.

Guerre Russie–Ukraine, OTAN et calculs européens
Il a vu dans les récentes incursions de drones en Pologne et Roumanie une tentative de Moscou de tester les lignes rouges de l’article 5 de l’OTAN. Mais cette stratégie, a-t-il dit, accélère le réarmement européen, créant deux pôles de défense – les États-Unis et une UE de plus en plus capable – ce qui va à l’encontre des intérêts russes à long terme.

Géorgie et non-ingérence
Mammadov a critiqué les appels extérieurs au “changement de gouvernement” à Tbilissi et a salué un retour au principe de non-ingérence. Il a exhorté l’UE et la Géorgie à recalibrer leurs approches respectives.

Conclusion
Le Caucase du Sud est en phase de transformation : l’intégrité territoriale de l’Azerbaïdjan est restaurée, tandis que paix Azerbaïdjan–Arménie, normalisation Arménie–Turquie et ouverture des communications avancent, à condition que Bakou, Erevan et Tbilissi coordonnent étroitement leurs efforts pour éviter qu’une puissance extérieure ne prenne l’avantage décisif.

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