4.1 C
Munich
Thursday, January 15, 2026

Le dernier repos devient un luxe : les tombes en Azerbaïdjan atteignent jusqu’à 30 000 ₼

Doit Lire


En Azerbaïdjan, le prix d’un lieu de repos éternel commence à ressembler à celui de l’immobilier urbain. Malgré des lois garantissant des parcelles funéraires gratuites, un marché noir en pleine expansion a transformé les cimetières en zones de profit silencieux – les emplacements se vendant entre 100 et 30 000 manats, selon la localisation et le “prestige”.
Selon un reportage de KhazarTV, presque tous les sites funéraires ont été effectivement privatisés.

« Certaines parcelles coûtent 250 manats, mais les prix varient », a déclaré un habitant de Bakou. « Si vous voulez être enterré près de vos proches, c’est 300. Dans le centre de Bakou, les prix commencent à 1 000 ou plus – c’est scandaleux. »
La situation en dehors de la capitale n’est guère meilleure. Un habitant du quartier de Mushfig a indiqué que les tombes y coûtaient entre 350 et 400 manats. « Même à ces prix, nous n’avons pas le choix – chacun doit bien enterrer ses proches quelque part », a-t-il ajouté.

À titre de comparaison, les frais officiels de services funéraires s’élèvent à 63 manats pour les musulmans et 49 manats pour les autres confessions – une fraction des montants qui circulent aujourd’hui sur le marché informel.

Un droit légal devenu marchandise
En vertu de la loi azerbaïdjanaise, les terrains des cimetières sont des biens publics. Pourtant, des décennies de surveillance insuffisante et de failles administratives ont permis aux gardiens, intermédiaires et particuliers de monétiser un droit social fondamental.
Les juristes soulignent que la responsabilité est floue entre les autorités municipales et les administrations religieuses locales – une faille qui alimente la corruption et transforme le deuil en négociation.

« La loi est claire, mais son application est absente », a déclaré un urbaniste souhaitant garder l’anonymat. « Personne ne veut assumer la responsabilité, car l’économie des cimetières nourrit discrètement trop d’intérêts. »

Les limites morales franchies
Le théologien Agha Hadjibeyli a qualifié cette pratique d’« effondrement moral ».

« Tirer profit de la mort – transformer la douleur en commerce – est un acte indigne de l’humanité », a-t-il affirmé. « Ce que nous voyons dans certains cimetières est une honte nationale, non seulement un échec juridique mais aussi spirituel. »

Il a appelé à la création de nouveaux cimetières et de sites d’inhumation alternatifs, avertissant que le silence de l’État risquait de normaliser la cupidité dans des lieux sacrés.

Réponse politique et méfiance publique
Le député Jeyhun Mammadov a déclaré que cette affaire mettait en lumière de graves lacunes dans la gestion des terres publiques.

« Nous devons accélérer le transfert des cimetières sous le contrôle des municipalités », a-t-il affirmé. « Des citoyens aisés clôturent des sections entières pour un usage familial, privatisant ainsi de fait des terrains publics. »

Cependant, les critiques estiment que cette réaction politique arrive trop tard. Le marché informel des cimetières fonctionne ouvertement depuis des années, souvent avec la connaissance tacite des autorités locales. Les tentatives de légiférer contre lui ont échoué à plusieurs reprises – un signe, selon les analystes, d’inertie institutionnelle et de manque de volonté politique.

Une crise plus profonde de gouvernance
Les experts considèrent le scandale non pas comme un abus isolé, mais comme le symptôme d’un dysfonctionnement plus profond – où même la mort publique est gérée par des accords privés.
Les sociologues avertissent que lorsque des droits aussi fondamentaux que l’inhumation deviennent transactionnels, la confiance du public dans l’autorité morale de l’État s’érode.

« Le problème n’est pas seulement économique », a déclaré un commentateur. « C’est l’idée même que la dignité ait un prix – et que l’État détourne le regard. »

Dans un pays où le droit à une sépulture digne est garanti par la loi, la persistance d’un marché funéraire clandestin soulève des questions troublantes sur la responsabilité, l’éthique et la lente commercialisation de l’espace public.

- Advertisement -spot_img

Plus d'articles

- Advertisement -spot_img

Dernières