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Thursday, January 15, 2026

Après le traité : Les Arméniens et les Azerbaïdjanais peuvent-ils revivre ensemble ?

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L’encre du tant attendu traité de paix entre l’Arménie et l’Azerbaïdjan pourrait bientôt sécher. Pour beaucoup en dehors de la région, cette signature marquera la fin d’un conflit amer de trente ans. Mais pour ceux dont la vie a été façonnée par ce conflit — des deux côtés de la frontière — la véritable question ne fait que commencer : les Arméniens et les Azerbaïdjanais peuvent-ils revivre ensemble ?

Cette question ne commence pas en 1988, lors de l’éclatement du conflit du Haut-Karabakh, mais bien des décennies auparavant. Durant l’époque soviétique, et même avant, Arméniens et Azerbaïdjanais vivaient côte à côte dans les villes, villages et cités du Caucase.

Ils étaient voisins à Erevan et à Bakou, partenaires commerciaux à Gandja et Goumri, camarades de classe à Stepanakert et Chouchi. Les mariages mixtes n’étaient pas rares : les familles se réunissaient autour des mêmes tables, fêtaient des mariages identiques, pleuraient les mêmes funérailles. Dans l’imaginaire collectif, certains plat, chansons et histoires appartiennent aux deux peuples, leur origine perdue dans des siècles de vie commune.

Puis la guerre est arrivée. Trente années de conflits et de cessez-le-feu précaires ont fait des dizaines de milliers de morts et de blessés. Des millions sont devenus réfugiés ou déplacés, dispersés à travers le Caucase et au-delà. Au fil du temps, des générations ont grandi en connaissant l’autre uniquement à travers des images télévisées, la rhétorique politique et le langage du deuil.

Le traité de paix offre désormais, bien que fragile, la possibilité d’une autre voie. Les obstacles restent énormes. Le traumatisme ne disparaît pas avec une poignée de main diplomatique. Pour les familles ayant perdu des fils ou des pères dans les tranchées, les femmes devenues veuves très jeunes, les enfants ayant passé leurs années de formation dans des camps ou des appartements exigus loin de chez eux, ce conflit n’est pas un chapitre de livre d’histoire mais une ombre persistante.

Et pourtant, l’histoire commune attend son heure. Échanger avec les anciens des villages frontaliers, c’est entendre une nostalgie discrète : souvenirs du pain du voisin, de parties de pêche avec des amis arméniens ou azerbaïdjanais, d’apprentissages linguistiques spontanés. De petits ponts qui, s’ils sont entretenus, peuvent se changer en passerelles plus grandes.

Mais cela demandera de la patience — et plus encore. Les écoles devront enseigner une histoire honnête sur la guerre et sur des siècles de coexistence. Les médias devront résister au sensationnalisme nationaliste et privilégier des récits de coopération et d’humanité. Échanges culturels, tournois sportifs, projets communs auront besoin de l’appui des gouvernements et des citoyens prêts à franchir un fossé encore fragile.

Les dirigeants devront aussi faire preuve d’humilité. Un traité n’est pas la fin d’une négociation, mais le début d’un long processus incertain où un mot ou geste mal pensé peut réduire à néant des mois de travail.

L’enjeu est plus grand que beaucoup ne l’imaginent. Si cette paix fragile tient, Arméniens et Azerbaïdjanais verront peut-être ces années non seulement comme la fin d’une guerre, mais comme le début d’une chose rare : la renaissance d’une vie commune après des décennies de division.

Le pardon ne sera pas facile. L’oubli peut-être impossible. Mais quelque part, dans un marché frontalier où un vendeur arménien et un acheteur azerbaïdjanais négocient le prix des fruits, la première preuve émergera que la paix n’est pas seulement possible — elle a déjà commencé.

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