Un sommet conjoint d’urgence de l’Organisation de la Coopération Islamique (OCI) et de la Ligue arabe s’est tenu lundi à Doha après une frappe de missile israélienne sur la capitale qatarie. Réunie à la demande du Qatar, la rencontre a rassemblé des représentants de 57 États pour discuter d’une réponse collective.
Dans une déclaration conjointe, les dirigeants ont dénoncé l’attaque contre Doha comme un “acte d’agression contre toutes les nations arabes et islamiques”. La déclaration a appelé à des sanctions contre Israël, y compris une interdiction des livraisons d’armes, et a évoqué l’idée de suspendre l’adhésion d’Israël aux Nations Unies.
Le moment était significatif. Quelques heures plus tôt, une Commission de l’ONU avait officiellement reconnu les actions israéliennes à Gaza comme un génocide, citant des meurtres, des dommages délibérés et des politiques visant à détruire la population palestinienne après le 7 octobre 2023. Le rapport faisait référence à des déclarations publiques du Premier ministre Benyamin Netanyahou et d’autres responsables comme preuve d’intention. Le ministère israélien des Affaires étrangères a rejeté ces conclusions comme des “mensonges” et a exigé la dissolution de la commission.
Dans ce contexte, les appels du sommet à des sanctions et à des embargos sur les armes ont pris un poids symbolique nouveau. Pourtant, les analystes doutent que ces promesses se traduisent en actions concrètes.
“Bien que les États arabes et islamiques aient formellement exprimé leur solidarité et leur accord pour résister à la volonté d’Israël d’imposer un nouveau statu quo, il est peu probable que de réelles mesures conjointes suivent”, a déclaré l’analyste politique Elkhan Shahinoglu dans des propos à Minval Politika.
Il a soutenu que la décision du Qatar de convoquer le sommet visait autant à protéger son image internationale qu’à contrer Israël. Plutôt qu’une réponse militaire ou politique directe, Doha a opté pour une mise en scène diplomatique.
La frappe israélienne — qui aurait visé des bureaux du Hamas à Doha — a également souligné les limites de la protection américaine dans la région. Malgré la présence d’une importante base américaine au Qatar, Tel-Aviv a agi sans retenue apparente.
“Israël a montré qu’il poursuivrait les membres du Hamas partout dans le monde, quelles que soient les sensibilités américaines ou les conséquences internationales”, a noté Shahinoglu.
Ce message, a-t-il ajouté, s’adressait non seulement au Qatar, mais aussi à l’Égypte et à la Turquie, où les membres du Hamas se réunissent fréquemment. Mais toute frappe israélienne sur le sol égyptien ou turc risquerait de déclencher une guerre régionale.
Pendant ce temps, Israël a intensifié sa campagne militaire à Gaza. La condamnation internationale grandit, mais la plupart des gouvernements n’ont pas les moyens de stopper l’opération.
Selon Shahinoglu, Israël ne s’arrêtera probablement pas tant que les otages ne seront pas libérés et que le Hamas ne sera pas démantelé — des objectifs qui pourraient prolonger le conflit malgré les pertes civiles croissantes.
