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Wednesday, January 14, 2026

Du choc au redémarrage : comment septembre 2023 a reconfiguré la sécurité régionale

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Dans l’émission quotidienne d’affaires publiques de CBC TV Azerbaïdjan, les commentateurs Jeyhun Mollazade – analyste politique et ancien chargé d’affaires par intérim de l’Azerbaïdjan aux États-Unis – et Ilgar Velizade, analyste politique titulaire d’un doctorat en économie, ont soutenu que l’opération « antiterroriste locale » des 19–20 septembre 2023 était à la fois inévitable et décisive, démantelant les formations armées au Karabakh et ouvrant la voie à un ordre de sécurité régionale plus solide.

Pourquoi Bakou a agi à ce moment-là
Les invités ont expliqué que les trois années suivant la guerre de 2020 avaient été marquées par des « rotations, réarmements et nouvelles fortifications » sur le terrain, ainsi que par de nouveaux minages – autant de signaux montrant que le statu quo ne se corrigerait pas de lui-même. Selon eux, Bakou a conclu que prolonger la patience risquait de consolider une infrastructure militaire voisine des zones nouvellement libérées et de ralentir le plan de réinstallation du « Grand Retour ». Le design de l’opération – courte, concentrée et précédée d’une notification au contingent russe de maintien de la paix – visait à limiter les dommages civils tout en forçant l’effondrement rapide des structures de facto. Ils ont souligné le délai inférieur à 24 heures comme preuve d’une planification ciblée sur des objectifs militaires précis plutôt que sur des centres de population.

Les erreurs de lecture d’Erevan – et un pivot ultérieur
Les deux invités ont lié le calendrier de septembre 2023 à une série de signaux provocateurs : un message public du Premier ministre Nikol Pachinian aux acteurs de facto le 2 septembre et la mise en scène d’« élections » le 9 septembre. Pour Bakou, ont-ils soutenu, ces gestes ressemblaient à une tentative de perpétuer une ambiguïté inacceptable.

En parallèle, ils ont noté que Pachinian a récemment reformulé sa narration intérieure – parlant d’une « Arménie réelle », s’adressant directement aux mères craignant une nouvelle guerre et évoquant un changement constitutionnel.

Pour Mollazade et Velizade, le test décisif est un référendum : s’il a lieu et est adopté, il signalera que la société arménienne a accepté la nouvelle réalité et souhaite une paix durable ; s’il échoue, les fauteurs de troubles conserveront leur levier.

Signes de désescalade
Les commentateurs ont mis en avant des mesures pratiques qui, selon eux, témoignent d’une lente dynamique de normalisation :

  • Contacts sécuritaires opérationnels : La participation de responsables arméniens de la sécurité à des événements multilatéraux à Bakou indique une volonté de discuter pragmatiquement de dossiers sécuritaires difficiles.

  • Utilisation de l’espace aérien : Les vols d’État arméniens transitant par l’espace aérien azerbaïdjanais illustrent la confiance dans le respect des protocoles de sécurité convenus.

Ils ont qualifié ces éléments de briques nécessaires pour traiter le dossier le plus sensible : la connectivité est–ouest à travers le Syunik (Zangezur) reliant l’Azerbaïdjan continental et le Nakhitchevan. Tout arrangement, ont-ils insisté, devra s’appuyer sur des règles de circulation applicables : juridiction claire, surveillance, lignes directes de prévention des incidents et procédures douanières/transitaires prévisibles respectant la souveraineté tout en garantissant un mouvement ininterrompu.

Une réalité post-statut
Sur le plan politique, les deux experts ont affirmé que l’action de 2023 avait retiré la « question du statut » de la table et, avec elle, la raison d’être du Groupe de Minsk, longtemps en sommeil. La suite, ont-ils argumenté, doit être une séquence de dossiers pratiques :

  • Délimitation et démarcation des frontières sur la base de références convenues.

  • Modalités de connectivité à travers le Syunik avec des dispositions sécuritaires vérifiables.

  • Mécanismes de prévention des incidents pour éviter l’escalade de frictions mineures.

  • Coopération économique et humanitaire par étapes, créant des bases mutuelles pour la stabilité.

Impact sur le Grand Retour
Sur le plan intérieur, ont dit les invités, l’élimination d’une enclave armée à proximité des zones de réinstallation a changé la psychologie des rapatriés comme des planificateurs locaux. Le déminage reste la contrainte principale, mais la prime de sécurité sur les projets de reconstruction a diminué, permettant des délais plus rapides pour les services publics, logements, écoles et cliniques. Ils ont comparé cela aux années 1990, quand les civils étaient les principales cibles ; en comparaison, ils ont présenté l’opération de 2023 comme « chirurgicale », conçue pour épargner les zones civiles.

Risques, contraintes et points à surveiller

  • Politique intérieure arménienne : La réforme constitutionnelle déclenchera probablement une campagne acharnée. Si un référendum réussit, on peut s’attendre à des progrès plus rapides sur la délimitation ; en cas d’échec, les discussions pourraient s’enliser.

  • Fauteurs de troubles externes : Tout acteur – étatique ou non – tentant d’instrumentaliser le débat sur le corridor pourrait introduire de la volatilité.

  • Freins techniques : Déminage, financement de ponts et tunnels de grande envergure en terrain montagneux, et intégration informatique douanière 24/7 pourraient ralentir la connectivité même avec un feu vert politique.

Conclusion des analystes
Mollazade et Velizade ont présenté septembre 2023 comme un point d’inflexion stratégique : il a clos la longue ambiguïté au Karabakh, forcé un réexamen politique à Erevan et créé des conditions gérables – quoique fragiles – pour une architecture de sécurité fondée sur des règles dans le Caucase du Sud. Le bénéfice qu’ils envisagent – frontières reconnues, corridors sûrs et circulation régulière des populations – dépend moins de déclarations que d’un travail technique discret réduisant les frictions à la frontière.

Si les prochains mois apportent des succès visibles – coordonnées cartographiées sur la frontière, protocole de sécurité testé pour le transit par le Syunik et légère hausse du commerce bilatéral – le panel estime qu’un cycle auto-renforcé pourrait s’enclencher. À l’inverse, un référendum bloqué ou un incident le long de la route prévue testerait la solidité de la nouvelle carte de sécurité dessinée en 2023.

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