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Monday, January 19, 2026

Khachikyan : La paix exige réciprocité, transparence et intégration — pas des “corridors”

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Dans une interview approfondie accordée à la chaîne YouTube Echo Baku, le politologue Prof. Artur Khachikyan a exhorté les élites arméniennes et azerbaïdjanaises à fonder tout accord de paix sur un renoncement catégorique à la violence et sur un programme progressif d’intégration régionale, avertissant que des arrangements de transit opaques et une rhétorique à somme nulle risquent de semer les graines d’une nouvelle crise.

Les “ententes de Washington” et la question de la transparence
Khachikyan a déclaré que “l’euphorie” publique autour des récentes “ententes de Washington” est mal placée, puisque les documents ne sont pas publiés et que des responsables de haut rang ont fait des déclarations “contradictoires”. “Nous ne savons en réalité pas ce qui a été convenu,” a-t-il noté, arguant que la transparence et la réciprocité doivent constituer la base de tout accord.

La question de Meghri/Zanguezour : une optique “coloniale” sans réciprocité
Le professeur s’est dit particulièrement préoccupé par les informations selon lesquelles un contrôle externe à long terme pourrait être accordé sur la route de Meghri (Zanguezour), le lien terrestre recherché par Bakou à travers le sud de l’Arménie. “Si ce n’est pas fondé sur la réciprocité, c’est une étape dangereuse,” a-t-il déclaré, ajoutant qu’un tel dispositif risque de ressembler davantage à une concession du XIXe siècle qu’à un régime de transit moderne fondé sur des règles.

Khachikyan a souligné que l’Arménie, si elle souhaite fluidifier les flux transfrontaliers, pourrait elle-même confier la gestion du trafic à un opérateur technique neutre tout en maintenant ses agents frontaliers et douaniers. Il a aussi mentionné des technologies “fast-track” bien connues qui permettent des passages sécurisés et fluides sans céder de contrôle souverain.

Ce qu’exigerait une paix durable
Reconnaissant qu’une simple reconnaissance mutuelle des frontières est “importante mais insuffisante”, Khachikyan a esquissé une architecture de paix plus épaisse, reposant sur quatre piliers :

  • Rejet absolu de la violence et du nettoyage ethnique sous toutes ses formes.

  • Protection des droits des minorités et de la dignité humaine de part et d’autre de la frontière.

  • Intégration économique, des transports et culturelle, sur le modèle de l’approche incrémentale européenne, afin que “la ligne exacte de la frontière perde progressivement sa charge conflictuelle.”

  • Symétrie dans la mise en œuvre, pour éviter les pas unilatéraux pouvant être perçus comme coercitifs ou maximalistes.

“Une paix qui repose uniquement sur une carte peut se défaire quand la politique change,” a-t-il averti. “Une paix qui repose sur les intérêts, l’interdépendance et la dignité dure plus longtemps.”

Retours et propriété : avancer lentement, garder la symétrie
Sur les idées de retours massifs de personnes déplacées, Khachikyan s’est opposé à des mesures rapides et unilatérales susceptibles d’enflammer les tensions locales. Il a évoqué des mesures progressives et réciproques une fois la sécurité et la confiance renforcées — incluant, à une étape ultérieure, des cadres juridiques bilatéraux permettant aux citoyens de chaque pays d’acheter des biens de l’autre côté de la frontière. “C’est envisageable seulement lorsque la sécurité sera crédible et les institutions prêtes,” a-t-il déclaré.

Médias, diaspora et champ de bataille informationnel
Khachikyan a critiqué le rôle disproportionné des médias et ONG financés de l’extérieur dans la formation du discours interne, estimant que cela peut radicaliser les débats et “transformer les pays en États clients de l’information.”

Il a ajouté que les discours de la diaspora tendent souvent à être plus romantiques ou maximalistes que les positions de ceux qui vivent les conséquences quotidiennes dans la région.

Risques externes — et pourquoi l’escalade n’est pas inévitable
Interrogé sur la géopolitique plus large, Khachikyan a dit s’attendre à ce que Bakou et Moscou évitent en fin de compte une confrontation directe : “Le conflit central oppose l’Occident et la Russie autour de l’Ukraine ; un nouveau front ne sert personne.”

Dans le même temps, il a averti que toute présence perçue des États-Unis près de la frontière iranienne sera lue à Téhéran comme une menace sécuritaire, ce qui rend la conception des régimes de transit plus cruciale que jamais.

La normalisation Arménie–Turquie comme modèle
Malgré de “profondes cicatrices”, Khachikyan voit dans les contacts Arménie–Turquie un point de référence pragmatique : le commerce, les voyages et les petits gestes se sont révélés plus productifs que les postures “grandiloquentes”. Une coopération pratique et discrète similaire le long de la frontière Arménie–Azerbaïdjan — notamment entre les communautés frontalières — pourrait ancrer des habitudes de coexistence bien avant que les politiciens ne s’accordent sur des textes ambitieux.

En conclusion
Pour Khachikyan, la formule est d’une simplicité désarmante : l’humain doit primer sur le national. Cela signifie pas d’épuration, pas d’humiliation, des accords transparents et des pas réciproques qui construisent confiance et échanges. “Alors seulement,” a-t-il soutenu, “la ligne entre l’Arménie et l’Azerbaïdjan évoluera d’une zone de fracture à une zone de contact.”

Source : Echo Baku

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