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Thursday, January 15, 2026

La déclaration de Netanyahu sur le “génocide” : geste diplomatique ou calcul politique ?

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Par Eldar S.

Dans une sortie qui a fait l’effet d’une onde de choc géopolitique, le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu a affirmé reconnaître les massacres de 1915-1917 contre les Arméniens dans l’Empire ottoman comme un génocide. La remarque a été faite lors d’un podcast avec Patrick Bet-David, animateur arméno-américain, et constitue la première fois qu’un chef de gouvernement israélien emploie ce terme de manière aussi explicite.

Mais le timing parle encore plus fort que les mots. Cette déclaration intervient alors que les tensions entre Israël et la Turquie, membre de l’OTAN et ancien partenaire stratégique, s’intensifient. Depuis des décennies, les gouvernements israéliens successifs évitaient toute reconnaissance formelle du drame arménien, afin de préserver des relations sensibles de sécurité et de commerce avec Ankara. Cette retenue semble aujourd’hui s’effriter rapidement.

Pourquoi maintenant ? Des signaux politiques dans un contexte troublé
La position d’Israël a toujours été pragmatique. Le refus de reconnaître le génocide visait à garantir la coopération turque en matière de sécurité et de renseignement. Mais la rupture de confiance liée aux désaccords sur Gaza, aux alignements militaires et au rapprochement d’Erdoğan avec la Russie et l’Iran a changé la donne.

La déclaration spontanée de Netanyahu ne se traduit pas encore par une loi—la Knesset n’a jamais adopté de résolution en ce sens—mais le signal est clair : Tel-Aviv est prêt à instrumentaliser l’histoire pour mettre la pression sur Ankara. Reste à savoir si cela se transformera en politique officielle ou restera du théâtre politique.

Critiques et risques stratégiques
Le Comité national arménien d’Amérique a rapidement rejeté le geste de Netanyahu, le jugeant vide sans mesures concrètes, comme l’arrêt des ventes d’armes à l’Azerbaïdjan ou une confrontation avec la Turquie sur le déni du génocide. Pour les critiques, cette “reconnaissance” relève davantage de la communication que de la justice, un moyen de détourner les critiques internationales sur Gaza.

Pour Israël, l’enjeu est risqué. Une reconnaissance officielle pourrait rapprocher encore davantage la Turquie de Moscou et Téhéran, tout en fragilisant ses liens stratégiques avec Bakou, partenaire clé en énergie et sécurité. Pour l’Arménie, l’annonce représente toutefois une validation symbolique au cœur d’un processus fragile de normalisation avec la Turquie.

Contexte historique
La reconnaissance internationale du génocide arménien reste inégale. Si les États-Unis, la France et la plupart des pays occidentaux l’ont reconnu, la Turquie rejette le terme, parlant de tragédies de guerre. L’ambiguïté israélienne de longue date faisait partie intégrante de sa realpolitik régionale. La déclaration de Netanyahu, même informelle, suggère un changement de calcul.

En résumé : Qu’il s’agisse d’un véritable tournant diplomatique ou d’une manœuvre tactique contre Ankara, les répercussions dépasseront le simple symbole, redessinant les lignes de fracture en Méditerranée orientale et dans le Caucase du Sud.

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