La Russie accuse l’Occident tandis que son influence s’estompe dans le Caucase du Sud Alors que l’Azerbaïdjan et l’Arménie commencent à façonner de nouveaux formats de coopération dans le Caucase du Sud, Moscou a de nouveau accusé l’Occident d’ingérence dans la région.
Le premier vice-président de la commission de la Douma russe chargée des affaires de la CEI, Viktor Vodolatski, a affirmé que l’Union européenne et les services de renseignement européens chercheraient prétendument à “miner la souveraineté étatique” de l’Azerbaïdjan, de l’Arménie et de la Géorgie – et à “dissoudre leurs racines historiques” afin d’en faire un “troupeau” dirigé depuis l’étranger. Une telle rhétorique est toutefois difficile à appréhender en dehors d’un contexte politique plus large.
Certes, les relations entre Bakou et Bruxelles ont parfois été heurtées – les institutions européennes ont, à l’occasion, employé un langage tranchant dans leurs appréciations. Mais cela signifie-t-il vraiment que l’UE cherche à affaiblir la souveraineté de l’Azerbaïdjan ? Ou bien ces accusations ne sont-elles qu’une nouvelle tentative de la Russie – qui voit son influence se réduire – de semer le doute à mesure qu’elle se retire de la région ?
Le politologue Farhad Mammadov, interrogé par Minval Politika, estime que ces propos traduisent le statut d’observateur de la Russie dans le nouvel ordre géopolitique plutôt que celui d’un acteur à part entière. « Après la rencontre de Washington – au cours de laquelle les présidents Ilham Aliev et Nikol Pachinian, sous la médiation du président américain Donald Trump, ont publié une déclaration conjointe – une nouvelle phase de l’engagement azerbaïdjano-arménien a commencé », a indiqué Mammadov. « Il s’agit essentiellement d’un format bilatéral dans lequel les États-Unis ne participent qu’à un seul élément – le projet de réouverture des communications. »
Selon lui, ce cadre repose sur un dialogue direct entre les deux pays, sans conférer à aucune puissance extérieure – y compris aux États-Unis – un rôle d’arbitre ou de garant.
Mammadov a souligné que l’Union européenne joue également un rôle, mais à un autre niveau : celui d’un partenaire diplomatique et économique soucieux de la stabilité. Selon lui, l’UE ne cherche pas à se substituer aux acteurs régionaux, mais à soutenir la paix de facto jusqu’à sa formalisation de jure par un traité signé.
« L’UE dispose à la fois des ressources et de l’intérêt nécessaires pour contribuer au maintien de la stabilité », a-t-il expliqué. « Son implication n’est pas destructrice, elle est complémentaire au processus de paix. »
Le spécialiste a noté que les accusations de Moscou contre l’Occident se sont intensifiées seulement après que la Russie s’est retrouvée exclue des principales plateformes de négociation.
Aujourd’hui, la médiation entre Bakou et Erevan revient à d’autres acteurs, tandis que la Russie manque d’une stratégie claire ou attractive susceptible de répondre aux attentes des deux parties.
« La Russie ne peut ni offrir quelque chose de substantiel ni formuler clairement une position qui intéresserait l’Azerbaïdjan ou l’Arménie », a déclaré Mammadov.
Il a souligné que l’Azerbaïdjan dispose d’une souveraineté suffisante pour gérer, selon ses propres termes, l’implication des acteurs extérieurs – tant dans sa politique intérieure que dans le processus de paix avec l’Arménie.
« Bakou régule elle-même l’engagement international. Ni l’UE ni les États-Unis ne peuvent imposer des scénarios contraires aux intérêts nationaux de l’Azerbaïdjan.
Dès lors, les affirmations relatives aux menaces contre son statut d’État ne sont tout simplement pas sérieuses », a-t-il conclu.
En définitive, les discours sur une prétendue « subversion » occidentale dans le Caucase du Sud ressemblent moins à une alerte sécuritaire qu’à un substitut rhétorique au déclin de l’influence russe.
En réalité, les dynamiques régionales sont bien plus complexes – et exigent une analyse posée, pas des slogans.
