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Thursday, January 15, 2026

L’affaire AZAL gèle la politique Moscou – Bakou tandis que le commerce se poursuit, affirme Velizade

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L’analyste politique azerbaïdjanais Ilgar Velizade estime que l’Organisation de coopération de Shanghai (OCS) est largement mal comprise : ce n’est ni un “bloc anti-occidental dirigé par la Chine” ni une proto-alliance dotée d’une discipline contraignante.

Dans un entretien avec Daily Europe Online, Velizade présente l’OCS comme un forum de coordination horizontal—utile pour l’image et le dialogue, limité en matière d’application. Cette distinction, dit-il, est évidente : l’Inde, dirigée par Narendra Modi et en rivalité stratégique ouverte avec la Chine, est membre à part entière et agit en totale autonomie. Si l’OCS était une structure vassale de la Chine, New Delhi ne l’aurait pas rejointe—ni n’y serait restée. Velizade reconnaît que le défilé militaire organisé à Pékin en marge du sommet a compté : c’était une démonstration soigneusement orchestrée de la capacité et du pouvoir de rassemblement chinois, destinée à inspirer confiance au “Sud global” tout en rappelant à Washington et Bruxelles la solidité de Pékin. Mais le spectacle n’équivaut pas à la subordination. L’OCS n’a pas l’intégration verticale de l’OTAN ni la machine réglementaire de la Commission européenne. Pas de défense collective, pas d’acquis, pas de sanctions automatiques—simplement une plateforme où les États se coordonnent lorsque leurs intérêts convergent et s’ignorent dans le cas contraire.

Ce prisme pragmatique façonne aussi l’analyse de Velizade sur la relation Russie–Azerbaïdjan après la tragédie du vol AZAL. Il y voit un gel politique évident, masqué par un vernis de normalité économique. D’un côté, les projets commerciaux et de transit se poursuivent ; les vice-premiers ministres et commissions intergouvernementales maintiennent les chiffres en mouvement. De l’autre, les griefs politiques fondamentaux restent non résolus. Les références publiques de Moscou aux indemnisations d’assurance, insiste-t-il, ne doivent pas être confondues avec des réparations au niveau étatique. La position de Bakou est explicite : excuses officielles, identification des responsables et compensation étatique. Tant que ces trois conditions ne seront pas remplies, un dégel au niveau des dirigeants aura du mal à s’installer.

Velizade avertit que cette scission entre politique et économie ne pourra pas durer indéfiniment. À l’approche du premier anniversaire de l’incident, les attentes se durcissent. Si des conclusions préliminaires et des étapes concrètes ne voient pas le jour d’ici la fin de l’année, il prévoit que la piste politique deviendra plus fragile—peu importe les chiffres positifs du commerce. Dans ce contexte, il balaie la rhétorique belliqueuse des écosystèmes médiatiques russes—comme les discours sur “faire de la Caspienne une mer intérieure à nouveau”—comme du “bruit irresponsable”, mais un bruit qui attise l’opinion publique et réduit l’espace de désescalade.

Il note également un schéma de pressions symétriques touchant les figures de la diaspora dans les deux pays, affirmant que ces signaux peuvent être tactiques mais s’avèrent corrosifs à terme. Pour la stabilité des politiques, les incitations devraient fonctionner en sens inverse : réduire l’hostilité performative, renforcer la coopération technique et permettre aux étapes concrètes de l’affaire AZAL de réajuster le plafond politique.

Quelle est donc la stratégie de Bakou dans un environnement turbulent ? La réponse de Velizade est un pragmatisme discipliné. L’Azerbaïdjan continuera à faire fonctionner ses corridors logistiques et énergétiques, à développer la capacité du corridor médian et à tirer parti de sa géographie sans s’enfermer dans une logique de bloc—précisément parce que l’OCS est un forum, pas un carcan. Cette approche complète la doctrine plus large de Bakou : dissuasion grâce à des partenariats solides, mais liberté de manœuvre grâce à des liens multivectoriels. C’est pourquoi l’autonomie de l’Inde au sein de l’OCS compte aussi pour l’Azerbaïdjan : l’organisation peut convoquer, mais elle ne peut pas enrôler.

Le cadre de Velizade fournit un test utile pour les titres et les marchés. Lorsque les dirigeants se rencontrent en marge de l’OCS, la question n’est pas “Qui suit la ligne de qui ?” mais “Où les intérêts se croisent-ils brièvement ?”. Lorsque la Russie et l’Azerbaïdjan se serrent la main, la question n’est pas “Les relations sont-elles normalisées ?” mais “Moscou a-t-il répondu aux trois demandes concrètes de Bakou ?”. Si la réponse reste non, attendez-vous à une compartimentalisation continue : gares de triage et oléoducs actifs en bas, politique froide en haut.

En fin de compte, la sortie est simple, mais politiquement coûteuse pour Moscou : excuses, responsabilité et compensation étatique, suivies d’un retour dépolitisé à une coopération structurée. Faute de cela, le statu quo persiste—gérable pour l’instant, mais de plus en plus inefficace.

L’OCS étant davantage un forum de discussion qu’un bloc, et la politique Moscou–Bakou restant gelée par l’affaire AZAL, l’Azerbaïdjan poursuivra le commerce et le transit—mais la véritable désescalade dépend du respect par la Russie des conditions explicites de Bakou (excuses, responsabilité, compensation étatique).

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