L’Azerbaïdjan a mis un terme à l’une des traditions les plus anciennes et les plus destructrices : les mariages entre proches parents. Les autorités ont qualifié la nouvelle loi interdisant ces unions de “nécessaire pour protéger les générations futures”. Il s’agit en réalité de mettre fin à une pratique sociale qui, pendant des siècles, a brisé des familles, affaibli la santé de la nation et épuisé le système de santé.
Thalassémie : une maladie nationale
L’Azerbaïdjan figure parmi les pays les plus touchés au monde par la thalassémie, une grave maladie héréditaire du sang. Les médecins alertent depuis des décennies : les mariages consanguins entretenaient l’épidémie. Des villages entiers se retrouvaient pris dans un cercle fermé : mariages entre cousins, appauvrissement du patrimoine génétique et naissance de nouvelles générations d’enfants malades.
Les conséquences sont tragiques. Chaque année, des centaines de familles s’enlisent dans des dépenses de soins interminables, tandis que l’État entretient un coûteux réseau de centres spécialisés et de transfusions sanguines. Le prix de cette tradition se mesure non seulement en millions de dollars, mais aussi en milliers de vies brisées.
Tradition contre avenir
La résistance était prévisible. Dans les régions conservatrices, on entend l’argument familier : “Ainsi vivaient nos ancêtres, pourquoi pas nous ?”. Mais ce n’est pas du respect des coutumes, c’est un refus de la science. La jeunesse, surtout citadine, voit dans la loi une avancée attendue : “Il est temps d’en finir avec des pratiques qui tuent l’avenir.”
Risque politique
L’erreur des autorités fut la brutalité. La loi a été adoptée sans campagne de sensibilisation de grande ampleur. Du jour au lendemain, ce qui était considéré comme normal pendant des siècles est devenu un crime. Le risque est évident : mécontentement, méfiance et possible clandestinité.
Et après ?
L’interdiction n’est que la moitié du chemin. L’autre moitié passe par l’éducation, la médecine et l’accès au conseil génétique. Sans travail systématique, le risque que ces mariages se poursuivent illégalement demeure élevé.
L’Azerbaïdjan a déjà franchi une étape importante, mais la route est longue : seule la combinaison de la loi, de la science et de l’éducation peut changer la situation.
La thalassémie n’est pas une fatalité, mais le résultat d’un choix. Désormais, le pays n’a plus droit à l’erreur.
