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Thursday, January 15, 2026

Le corridor de Zanguezour secoue l’Iran et la Russie : l’accord de Washington change la donne dans le Caucase Sud

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Depuis son apparition sur la scène régionale, le corridor de Zanguezour — reliant l’Azerbaïdjan continental à sa République autonome du Nakhitchevan via l’Arménie — est l’un des principaux points de friction entre Téhéran et Bakou.

Officiellement, l’Iran affirme que le projet “porterait atteinte à la souveraineté et à l’intégrité territoriale de l’Arménie”, se posant en protecteur d’Erevan. En réalité, Téhéran craint surtout que cette route ne réduise son rôle de transit et la valeur de ses liaisons actuelles avec l’Arménie, son accès vers la Russie et l’Europe.

Aujourd’hui, cette opposition s’est retournée contre lui. D’après l’accord trilatéral du 10 novembre 2020, c’est la Russie qui devait assurer la sécurité du corridor. Mais l’accord signé le 8 août à Washington prévoit qu’une entreprise américaine exploitera la route — un scénario cauchemardesque pour les durs du régime iranien.

Tous en Iran ne considèrent pas le corridor comme une menace. Le président Masoud Pezeshkian et le ministre des Affaires étrangères Abbas Araghchi estiment que les inquiétudes de sécurité ont été levées. Araghchi cite la déclaration conjointe Arménie–Azerbaïdjan qui consacre trois principes : respect de la souveraineté, intégrité territoriale, et refus de tout changement de frontière — en phase avec la position officielle de Téhéran.

À Moscou, l’accueil est tout aussi froid : on y voit une tentative d’évincer la Russie du Caucase Sud et d’ouvrir la porte à l’OTAN.

La “Route Trump” redessine la carte

Pour le député et analyste azerbaïdjanais Rasim Moussabekov, la réaction de l’Iran et de la Russie était prévisible : “La nouvelle configuration géopolitique du Caucase Sud se construit via le corridor de Zanguezour, désormais associé au nom du président Trump : TRIPP, la ‘Trump Route for International Peace and Prosperity’.”

L’exclusivité Iran–Russie a été rompue par l’entrée en jeu de la Turquie, et maintenant par celle des États-Unis, ce que Téhéran et Moscou considèrent comme une menace à leur zone d’influence.

Lutte de pouvoir à Téhéran

Selon Moussabekov, l’opposition la plus dure vient du cercle conservateur du Guide suprême Ali Khamenei, notamment des Gardiens de la Révolution (IRGC), hostiles de longue date à l’Azerbaïdjan et aux États-Unis. Mais le débat reflète aussi les luttes pour l’après-Khamenei.

Tandis que le conseiller Ali Akbar Velayati et l’IRGC campent sur une ligne dure, Pezeshkian aurait rallié la puissante famille Larijani, influente au parlement, dans la justice et les services de sécurité — un contrepoids potentiel aux conservateurs.

La Russie joue le jeu… pour l’instant

La Russie a dû saluer publiquement les pourparlers de Washington. Maria Zakharova a présenté l’accord comme une suite logique des efforts de médiation de Moscou — un impératif diplomatique avant la rencontre prévue entre Poutine et Trump en Alaska. Mais un accord scellé à Washington sans la Russie affaiblit son influence sur Erevan et Bakou.

L’équilibre stratégique de Bakou

Pour Moussabekov, la réalisation du projet ne présente pas de grandes difficultés : l’infrastructure existe en grande partie et doit simplement être rénovée. Il cite le nouveau pont achevé par l’Azerbaïdjan sur l’Araxe à Djoulfa et le compare aux retards iraniens à Agbend, invitant Téhéran à privilégier la concurrence économique aux menaces creuses.

“Bakou renforcera ses liens avec les États-Unis, consolidera son alliance avec la Turquie et développera sa coopération stratégique avec la Chine, pour garantir la souveraineté de l’Azerbaïdjan et des autres pays de la région — sans les sacrifier aux ambitions géopolitiques de Moscou ou de Téhéran.”

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