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Wednesday, March 4, 2026

Le Kremlin se retourne contre les siens : pourquoi Sergueï Markov est devenu le dernier “ennemi” de Moscou

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Par Eldar S.

L’analyste politique russe Sergueï Markov, ancien député de la Douma et fidèle de longue date de Vladimir Poutine, a reconnu publiquement craindre des poursuites pénales après que le propagandiste télévisé Vladimir Soloviev a appelé à son incarcération.

« Bien sûr que j’ai peur. Il [Soloviev] a promis de me faire inscrire comme “agent de l’étranger”. Et il y est parvenu », a confié Markov à Ostorozhno Media, ajoutant que malgré la pression il “veut encore croire en la Russie”.

L’épisode a suscité le débat car Markov n’est pas un opposant. Depuis des décennies, il est l’un des porte-voix loyaux du Kremlin, défendant les récits de Moscou à l’intérieur comme à l’étranger. Pourtant, son nom a récemment été inscrit au registre des “agents étrangers” du ministère de la Justice —une décision perçue par beaucoup comme une sanction politique plutôt qu’une formalité juridique.

Choucha : le point de rupture
Les ennuis de Markov remontent à sa participation au forum médiatique de Choucha en juillet, où le président azerbaïdjanais Ilham Aliev a réaffirmé ouvertement l’intégrité territoriale de l’Ukraine. Markov n’a pas contesté, n’a pas répliqué —et dans la logique inflexible du Kremlin, ce silence était impardonnable.

Il n’était pas seul. Mikhaïl Gousman, directeur adjoint de TASS et autre participant, a été rapidement démis de ses fonctions. Le message de Moscou fut limpide : toute personnalité publique russe qui ne s’oppose pas à la rhétorique d’Aliev risque la disgrâce politique.

La loyauté ne vaut rien
Que la Russie qualifie Markov “d’agent de l’étranger” est profondément ironique. Sa carrière entière a été consacrée à amplifier les positions de Poutine. Mais son “crime” n’était pas un rapprochement avec l’Occident : c’était de paraître trop tolérant envers Bakou à un moment sensible.

Cela traduit les inquiétudes plus profondes du Kremlin. Alors que l’Azerbaïdjan s’affirme —par des accords de paix soutenus par Washington et des déclarations audacieuses sur l’Ukraine— l’influence de Moscou dans le Caucase du Sud s’effrite. Incapable de réagir directement à Bakou, la Russie se retourne contre ses propres commentateurs.

Un précédent glaçant
Le cas Markov illustre une nouvelle phase du système autoritaire russe : discipliner même la loyauté. Son inscription sur liste noire ne concerne ni financements étrangers ni propagande hostile. Il s’agit de tracer des lignes rouges dans la rivalité Russie–Azerbaïdjan et d’adresser un avertissement.

Le signal est clair et inquiétant : dans la Russie d’aujourd’hui, se taire au mauvais moment peut être aussi dangereux qu’une dissidence ouverte.

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