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Wednesday, January 14, 2026

Les relations Russie–Arménie deviennent « stablement problématiques » alors qu’Erevan se rapproche de l’Occident

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Un récent commentaire du politologue arménien Norair Dunamalyan, diffusé sur la chaîne russe ReOpen Media, éclaire la manière dont le changement de cap d’Erevan redéfinit à la fois ses liens avec Moscou et l’équilibre régional des forces.

Son analyse met en lumière une transformation fondamentale des relations Russie–Arménie, le virage européen prudent de l’Arménie et le poids croissant des corridors de transport et d’énergie qui définissent aujourd’hui la géopolitique du Caucase du Sud.

Russie-Arménie : de l’alliance aux “problèmes stables”

Dunamalyan qualifie les relations bilatérales depuis 2020 de « stablement problématiques ». La fin du facteur Karabakh, qui a longtemps ancré la dépendance de l’Arménie envers la Russie, a modifié à la fois les relations officielles et la perception publique. Ce qui demeure toutefois, c’est la dépendance structurelle : l’Arménie compte encore sur la Russie pour l’énergie, les infrastructures de transport et les garanties de sécurité, même si la rhétorique politique se tourne vers l’Occident.

Le soi-disant cours d’intégration européenne, soutient-il, reste largement déclaratif, destiné à mobiliser le soutien intérieur avant les élections de 2026. Erevan met en avant les « normes de l’UE » sans s’engager à une pleine adhésion, utilisant cette rhétorique pour signaler son indépendance tout en évitant une rupture irréversible avec Moscou.

La posture prudente de Moscou

Occupée par la guerre en Ukraine, la Russie a évité d’escalader les tensions avec Erevan en conflit ouvert. Elle adopte plutôt une approche mixte : pression économique et commerciale d’un côté, engagement diplomatique souple de l’autre.

Dunamalyan souligne que Moscou sait que l’Arménie ne peut pas échapper rapidement à sa dépendance au gaz russe, aux chemins de fer ou à l’énergie nucléaire. La Russie conserve ainsi des leviers d’influence, même si son image traditionnelle de garant de la sécurité s’érode.

L’architecture de sécurité après 2020

La Seconde Guerre du Karabakh et l’exode arménien de 2023 ont démantelé l’ancien équilibre des forces. L’influence de l’Azerbaïdjan croît, tandis que la Turquie, l’Iran et les dynamiques plus larges du Moyen-Orient—du face-à-face Iran–Israël aux corridors reliant la Chine à l’Europe—redessinent la carte du Caucase du Sud.

Dans ce contexte, selon Dunamalyan, il n’est plus exact de décrire la Russie comme le garant de la sécurité régionale. À la place, un nouveau système de sécurité, indéfini et sans hégémon unique, émerge.

Corridors de transport : le véritable champ de bataille

Au-delà de la politique, l’infrastructure pourrait être décisive. La priorité stratégique de Moscou est le corridor Nord-Sud, reliant la Russie à l’Iran et à l’Inde. Sans lui, la Russie risque d’être marginalisée des flux commerciaux eurasiatiques. À l’inverse, le corridor Moyen—de la Chine, via l’Asie centrale et le Caucase du Sud, jusqu’à l’Europe—contourne la Russie et est promu comme un outil géopolitique d’isolation plutôt qu’une simple route économique.

L’Arménie se retrouve ici exclue. Les liaisons ferroviaires soutenues par la Turquie, de Kars à Nakhitchevan, évitent le territoire arménien, ne laissant qu’un étroit tronçon de 42 km à travers le Syunik. Dunamalyan avertit qu’à l’horizon 2030–2032, lorsque de nombreux projets seront achevés, l’Arménie risque de rester en marge de la connectivité eurasiatique.

Le Kazakhstan, les États-Unis et la Chine

Concernant la coopération américano-kazakhe, Dunamalyan se montre sceptique. Il considère l’achat par Astana de locomotives américaines comme symbolique, reflétant la volonté du Kazakhstan de renforcer ses liens avec Washington. En revanche, les investissements chinois dans les chemins de fer et la logistique à travers l’Asie centrale pèsent beaucoup plus lourd, car ils construisent une infrastructure permanente plutôt qu’un commerce transactionnel.

Pétrole, sanctions et résilience de l’Azerbaïdjan

En matière d’énergie, Dunamalyan note que les restrictions de l’UE sur les pétroliers azerbaïdjanais constituent un coup réputationnel mais non une menace systémique. L’Azerbaïdjan conserve des partenaires proches en Italie et au Royaume-Uni, prêts à importer des hydrocarbures, donnant à Bakou une marge de manœuvre. Plus important encore, l’Azerbaïdjan n’a pas les volumes nécessaires pour approvisionner toute l’Europe ; son importance réside dans le corridor gazier du Sud—TANAP et TAP—qui alimente l’Europe du Sud et les Balkans.

Il a également suggéré que le transit du pétrole et du gaz russes par les routes azerbaïdjanaises et turques ajoute une couche de complexité géopolitique. Entre-temps, les frappes contre les infrastructures de SOCAR en Ukraine sont dommageables mais pas décisives pour la stratégie énergétique globale de l’Azerbaïdjan.

Le pragmatisme avant l’idéologie

L’analyse de Dunamalyan suggère que le cap occidental proclamé par l’Arménie est limité par les réalités structurelles. La Russie, bien qu’affaiblie, conserve ses leviers d’influence, tandis que l’Azerbaïdjan se renforce en tant que hub énergétique et de transit. L’arène décisive sera l’infrastructure—pipelines, chemins de fer et corridors—qui façonnera l’équilibre des pouvoirs à l’horizon 2030.

À ses yeux, la politique étrangère de la Russie est devenue plus « pragmatique », centrée sur l’Ukraine, la Biélorussie et les fronts géopolitiques immédiats, tout en tolérant les flirtations rhétoriques de l’Arménie avec l’UE. Pour Erevan, toutefois, le risque est une marginalisation stratégique : pris entre ses aspirations européennes et la dure géographie des routes de transport qui contournent son territoire.

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