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Saturday, March 7, 2026

Les tensions avec Bakou ne sont pas la cause, mais le symbole du changement en Iran

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Un simple propos du président iranien Masoud Pezeshkian lors d’un meeting à Zanjan — « Si nous ne pouvons pas être amis avec l’Azerbaïdjan, et qu’Israël le devient à notre place, alors c’est nous les responsables » — a déclenché une tempête politique à Téhéran.

Pour certains, il s’agissait d’un appel au bon sens et à la diplomatie. Pour d’autres, c’était presque une trahison des intérêts nationaux. La réaction virulente du parlement et des médias a révélé que la relation avec l’Azerbaïdjan n’est plus seulement une question de politique étrangère : elle est devenue un marqueur d’une profonde fracture interne en Iran, entre le passé et l’avenir, entre la stratégie de confrontation et la vision de Pezeshkian d’une nouvelle architecture de paix régionale.

Le député de Téhéran Hamid Rasai a accusé le président de saper l’unité nationale, évoquant son origine ethnique azerbaïdjanaise. Outre les attaques personnelles, les critiques ont également visé l’Azerbaïdjan. Mais selon les analystes, la réalité de cette agitation est ailleurs.

L’analyste politique Farhad Mammadov a déclaré à Minval Politika que les propos de Pezeshkian interviennent alors qu’un changement profond s’opère dans la politique étrangère iranienne.

« Avec la chute du régime de Bachar el-Assad, la défaite du Hezbollah et l’affaiblissement des milices chiites en Irak, toute l’infrastructure et l’idéologie de ce qu’on appelait “l’axe de la résistance”, que l’Iran a bâtie depuis plus de 15 ans, s’effondrent », a expliqué Mammadov.

Selon lui, Téhéran a investi des dizaines de milliards de dollars dans ce projet — en ressources militaires, financières et diplomatiques — mais les récents événements, notamment les frappes sur le territoire iranien lors de la guerre avec Israël, ont déclenché une crise interne.

« L’espace aérien iranien n’est plus sûr, et les attaques contre les sites militaires du pays sont devenues une réalité. Cela a déclenché un débat au sein de l’élite politique sur l’avenir du pays et un possible changement stratégique », a-t-il ajouté.

Deux voies pour l’Iran

Mammadov décrit deux stratégies concurrentes à Téhéran.

La première — constructive — est portée par Pezeshkian : normaliser les relations avec les voisins, mettre fin à l’expansion coûteuse et réorienter les ressources vers l’amélioration de la vie des Iraniens. Bien que son origine azerbaïdjanaise soit utilisée contre lui par ses opposants, sa diplomatie est cohérente : il s’est déjà rendu en Azerbaïdjan et au Pakistan, prévoit une visite en Arménie et cherche à renforcer les liens avec la Turquie.

La seconde — conservatrice et radicale — est celle du camp qui a bâti « l’axe de la résistance » et recherché l’hégémonie régionale. Ce modèle est désormais en crise, ses acquis s’effondrent sous la pression d’Israël, des États-Unis et de leurs alliés.

« Ce groupe a géré d’énormes budgets pendant plus de 15 ans au service de la domination régionale. Aujourd’hui, il lutte pour sa survie — et utilise la question azerbaïdjanaise comme une arme contre Pezeshkian », note Mammadov.

Un symbole, pas la cause

Selon l’analyste, les origines ethniques du président, ses visites à Bakou et ses appels au dialogue sont présentés par les ultra-conservateurs comme des signes de faiblesse ou de trahison — mais, en réalité, ils font partie d’une lutte interne pour le pouvoir et les ressources.

« Les tensions avec l’Azerbaïdjan ne sont pas la cause de la division au sein de l’élite iranienne. Elles sont le symbole d’une transformation bien plus profonde », insiste Mammadov. « Ce n’est pas qu’un différend de politique étrangère, c’est un débat sur l’avenir de l’Iran : continuer à chercher la domination par la force, ou construire de bonnes relations avec ses voisins et s’attaquer à ses problèmes internes. »

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