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Friday, January 16, 2026

Moscou “Joue avec le Feu” dans le Caucase du Sud

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Dans une conversation approfondie avec Nouvelles du Caucase, Eldar Namazov —ancien conseiller présidentiel et conseiller politique de Heydar Aliyev— affirme que le comportement de la Russie envers Bakou est passé d’une pression maladroite à une escalade délibérée, et que le Kremlin risque d’allumer une mèche qu’il ne pourra pas contrôler. Le moment de son avertissement n’est pas accidentel. Avec le Conseil ministériel de l’OSCE mettant fin au processus de Minsk et à ses structures affiliées, Namazov qualifie cette décision d’“historique”, car elle signale que le Karabakh n’est plus un levier de négociation international. « La page est tournée non seulement pour Bakou et Erevan », dit-il, « mais aussi pour les grandes organisations qui ont autrefois hébergé le dossier. » Selon lui, cette décision ferme la porte aux tentatives des “revanchistes” de relancer le sujet à l’OSCE ou à l’ONU (qui s’étaient longtemps référés au leadership de l’OSCE sur le Karabakh).

Dans ce contexte, il note ce qui ne s’est pas produit lors du rassemblement de l’OCS à Tianjin : il n’y a pas eu de rencontre Aliyev–Poutine, malgré l’intérêt visible de Moscou. Namazov relie cette non-rencontre à l’entretien du président Ilham Aliyev avec Al Arabiya avant le sommet, qu’il décrit comme un tracé public de “lignes rouges” que la Russie doit respecter avant que les relations puissent se stabiliser. « Rien de ce que nous avons demandé n’a été retiré de la table », dit Namazov, encadrant la position de Bakou comme ferme et méthodique plutôt que théâtrale.

À partir de là, sa critique s’aiguise. Il accuse les médias d’État russes et un chœur “d’experts approuvés” de mener une campagne d’intimidation contre l’Azerbaïdjan — « le même manuel brutal de diviser pour mieux régner » — et avance une accusation beaucoup plus sérieuse : que les récents chocs n’étaient pas aléatoires. Namazov suggère que l’abattage d’un avion de passagers d’AZAL par la défense aérienne russe pourrait avoir été intentionnel, citant des rapports faisant état de deux tirs de missiles, et il relie cela à des attaques horribles contre des Azerbaïdjanais en Russie. Il présente ces épisodes comme une chaîne de provocations destinées à enflammer l’opinion à Bakou et à augmenter la tension. Pour être clair, ce sont des évaluations de Namazov ; les enquêtes et les tribunaux, et non les commentateurs, trancheront les faits. Mais sa conclusion est nette : « Le Kremlin joue avec le feu. »

Pourquoi Moscou escaladerait-il avec l’Azerbaïdjan maintenant ? Namazov propose deux motifs stratégiques.

Premièrement, le Corridor Moyen. Quelle que soit la façon dont la route Chine–Asie centrale–Europe est tracée sur la rive est de la Caspienne, argue-t-il, elle se resserre sur un seul pivot à l’ouest : l’Azerbaïdjan. « C’est le seul segment sans véritable doublon », dit-il. « Frappez Bakou et vous pouvez tordre toute la chaîne. » En d’autres termes, une pression coercitive sur l’Azerbaïdjan est le moyen le plus efficace d’entraver un système logistique trans-eurasien qui concurrence les ponts terrestres russes.

Deuxièmement, la peur d’une renaissance turque. Depuis l’effondrement soviétique, cinq républiques turques indépendantes plus la Turquie s’étendent des frontières chinoises à l’Europe. Namazov voit une ligne de tendance claire : la portée plus large d’Ankara, les gains consolidés de Bakou, le poids croissant du Kazakhstan et de l’Ouzbékistan, et même le Turkménistan, historiquement prudent, qui s’intègre dans des projets régionaux. Cet arc, soutient-il, inquiète un empire en déclin. « Les cycles impériaux sont réels », dit-il. « La Russie est dans un crépuscule visible ; le monde turc est dans une nouvelle aube. »

Au-dessus de ces motifs se trouve ce qu’il appelle le “zugzwang” de Moscou en Ukraine — une position où chaque mouvement empire la situation. Prolonger la guerre épuise les ressources et le statut ; cligner le premier comporte ses propres risques internes. Dans tous les cas, l’influence de la Russie diminue dans le Caucase du Sud et en Asie centrale, tandis que la patience de Pékin est mise à l’épreuve par un conflit qui complique ses liens avec l’Europe. Le résultat, soutient Namazov, est un Kremlin plus tenté de créer de l’influence ailleurs — y compris à la porte de l’Azerbaïdjan.

Son message à Moscou est autant un avertissement qu’une critique. Toute tentative de “donner une leçon à Bakou”, dit-il, se retournerait contre elle au-delà du théâtre diplomatique. Cela approfondirait l’aliénation dans les communautés musulmanes et turques en Russie, risquerait un retour de flamme dans le Caucase du Nord — « Le Caucase Sud et Nord sont des vases communicants », rappelle-t-il — et accélérerait les tensions économiques et sociales internes de la Russie. « Jouez-la ainsi et vous creusez votre propre trou », dit-il. « Les gens qui ont autrefois préparé des uniformes de parade pour une guerre de trois jours à Kiev ne sont pas connus pour leur prévoyance. »

Le conseil de Namazov à Bakou suit ses années aux côtés de Heydar Aliyev : planifiez pour le pire et soyez agréablement surpris. Il loue la “diplomatie précise, de bijoutier” de la direction actuelle : sécuriser les résultats sur le terrain, tracer des lignes claires publiquement, et refuser de se laisser entraîner dans des disputes performatives. La préparation, et non la panique, est l’essentiel : « Supposez le scénario le plus dur et construisez pour l’empêcher. Si les événements évoluent favorablement, tant mieux. »

Dans l’ensemble, l’analyse de Namazov n’est ni triomphaliste ni fataliste. C’est un diagnostic d’un échiquier en mutation : un système international qui certifie enfin la fin d’un conflit ; une carte logistique où l’Azerbaïdjan est indispensable ; un monde turc qui gagne en confiance ; et une Russie qui, selon lui, teste des outils dangereux alors que les anciens échouent. Son avertissement final est simple pour toute capitale : exercer une pression sur l’Azerbaïdjan ne rouvrira pas les pages closes — cela n’écrira que de nouvelles pages, et non au bénéfice de Moscou.

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