Le député azerbaïdjanais et analyste politique Rasim Moussabekov a abordé les objectifs de la Russie en Ukraine, la situation intérieure en Arménie et la normalisation dans le Caucase du Sud lors d’un long entretien accordé à la chaîne YouTube Daily Europe Online.
Sur la guerre de la Russie en Ukraine
Moussabekov a déclaré que le Kremlin considère la guerre comme un outil pour exporter le désordre interne et “utiliser” les éléments marginaux de la société, citant des remarques publiques de responsables russes sur les morts au front. Selon lui, l’objectif stratégique de Moscou n’est pas quatre ou cinq régions mais l’effacement de l’État ukrainien, avertissant qu’un règlement imposé sèmerait une instabilité durable et ouvrirait la voie à des pressions sur la Biélorussie, l’Asie centrale et le Caucase du Sud. À ses yeux, la Russie n’a aucune véritable intention de mettre fin à la guerre sans contre-pression forte.
La politique en Arménie : la “rue” vs. les institutions
Réagissant aux propos de l’ancien président Serge Sargsian sur un “scénario népalais (révolutionnaire) ou français (parlementaire)” contre le Premier ministre Nikol Pachinian, Moussabekov a qualifié Sargsian de marginal politiquement et a affirmé que l’opposition parlementaire n’a même pas les voix nécessaires pour déposer une motion de censure.
Il a soutenu que Pachinian conserve actuellement des leviers coercitifs et institutionnels – citant les poursuites contre des religieux accusés de complot de coup d’État et la pression judiciaire sur l’homme d’affaires Samvel Karapetian – et que les outils d’influence de Moscou à Erevan se sont réduits.
“Azerbaïdjanais occidentaux” et principe de réciprocité
Évoquant l’Organisation des Azerbaïdjanais occidentaux, Moussabekov a défendu une formule de réciprocité : les Azerbaïdjanais souhaitant retourner sur leurs terres ancestrales en Arménie devraient le faire dans le cadre des lois et de la citoyenneté arméniennes, tout comme les Arméniens désireux de vivre au Karabakh doivent accepter la juridiction azerbaïdjanaise.
Il a rejeté l’ancienne structure séparatiste du Karabakh comme une “administration de l’ère de l’occupation”, notant que ses propres dirigeants avaient justifié la dissolution afin de permettre la sortie en sécurité du personnel armé et de sécurité. Il a également comparé la sensibilité d’Erevan au terme “Azerbaïdjan occidental” à l’usage symbolique de “l’Arménie occidentale” et des motifs du mont Ararat dans le discours public arménien.
Partenaires dans l’UE – et à Kyiv
Moussabekov a souligné que la Hongrie est le partenaire politique le plus proche de l’Azerbaïdjan dans l’UE —au-delà du rôle de premier plan de l’Italie dans le commerce— en pointant les participations de Budapest dans les projets énergétiques azerbaïdjanais et son statut d’observateur à l’Organisation des États turciques.
Il a indiqué que la Roumanie, la Bulgarie et la Slovaquie suivaient de près l’axe Budapest–Bakou, et a prédit un approfondissement des liens économiques et politiques entre l’Azerbaïdjan et l’Ukraine.
