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Friday, January 16, 2026

“Route Trump”: Pourquoi l’Iran blâme l’Azerbaïdjan pour la décision propre de l’Arménie

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La signature de la déclaration de paix du 8 août à Washington entre les dirigeants de l’Azerbaïdjan et de l’Arménie, qui comprenait un accord sur la soi-disant “Route Trump” reliant l’Azerbaïdjan continental à Nakhitchevan, aurait pu être censée apaiser les tensions à Téhéran. Pourtant, au lieu de recalibrer sa rhétorique, l’Iran a intensifié sa campagne contre l’Azerbaïdjan — en politique, dans les médias et dans les cercles d’experts.

Le paradoxe est frappant : c’est l’Arménie elle-même qui a initié le transfert du corridor de transit à une entreprise américaine privée pour 99 ans, en le baptisant même “Le Chemin Trump pour la Paix et la Prospérité Internationales” en l’honneur du président Donald Trump. Cette décision à Erevan, et non à Bakou, a déclenché la ligne alarmiste qui circule actuellement à Téhéran : “L’Amérique est devenue notre voisine.”

Clarification de l’Azerbaïdjan
Lorsque la question a surgi pour la première fois en juillet, le président Ilham Aliyev l’a abordée directement au Forum Mondial des Médias à Choucha :

“Quant à l’affirmation selon laquelle une entreprise américaine louera le Corridor de Zangezur, cette question doit être adressée à la direction arménienne. Sur notre territoire, il ne peut y avoir d’opérateurs, de commerçants ou de locataires.”

Aliyev a souligné que la partie azerbaïdjanaise du corridor restera entièrement sous souveraineté nationale, sans présence étrangère. Les opérateurs américains qui inquiètent l’Iran ne fonctionneront que sur la section arménienne de la route.

Pourquoi l’Iran cible-t-il Bakou ?
Malgré ces clarifications, certains cercles en Iran continuent de présenter le projet comme une manœuvre azerbaïdjanaise, ignorant le rôle central de l’Arménie dans l’inclusion des acteurs américains dans l’équation du transit du Caucase du Sud. Les analystes notent que Téhéran semble moins intéressé par l’exactitude des faits que par le maintien d’une narrative selon laquelle l’Azerbaïdjan serait une force déstabilisatrice.

Cette position reflète les préoccupations plus larges de l’Iran : l’expansion de la présence stratégique des États-Unis le long de sa frontière nord, le renforcement des liens entre l’Azerbaïdjan et les États-Unis, et le potentiel affaiblissement de l’influence de l’Iran en Arménie. Pour Téhéran, l’image d’un corridor contrôlé par les États-Unis — même si limité au territoire arménien — est suffisamment alarmante pour alimenter une campagne d’information.

Implications régionales
La narration iranienne souligne le poids géopolitique de la “Route Trump”. Pour l’Azerbaïdjan, elle représente un lien terrestre direct tant attendu vers Nakhitchevan. Pour l’Arménie, c’est à la fois une opportunité économique et un pari diplomatique. Pour les États-Unis, c’est l’occasion de renforcer leur influence dans le Caucase du Sud. Et pour l’Iran, elle est perçue comme une intrusion — qu’il est politiquement commode de blâmer sur Bakou, même si Erevan en est le véritable architecte.

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