Une récolte record de tomates à Khachmaz s’est transformée en cauchemar pour les producteurs locaux, obligés de déverser des camions entiers d’invendus dans les décharges. Des vidéos circulant sur les réseaux sociaux montrent des agriculteurs jetant des tonnes de tomates fraîches, incapables de les vendre même à prix cassés.
Des producteurs au bord du désespoir
Les cultivateurs affirment qu’à 3–5 manats la caisse, aucun acheteur ne se présente. Les revenus couvrent à peine les semences et les produits phytosanitaires, encore moins l’irrigation, la main-d’œuvre ou la machinerie. Beaucoup tentent de limiter les pertes en livrant leurs récoltes à l’Usine de Conserves du Caucase, où les tomates sont achetées à des tarifs symboliques de 3–5 qapiks le kilo. Mais avec une capacité réduite, de longues files de camions s’accumulent aux portes, et les retardataires n’ont d’autre choix que de jeter leur production.
Surproduction et planification défaillante
Cette crise résulte d’un excès de plantation. Attirés par les prix élevés de l’an dernier —une caisse se vendait au minimum 15 manats— les producteurs ont massivement étendu les surfaces cultivées. Rien qu’à Khachmaz, plus de 1.000 hectares ont été plantés, certains remplaçant même leurs vergers par des champs de tomates. Résultat : une offre surabondante qui a fait s’effondrer les prix, les meilleures tomates se vendant aujourd’hui à 30–40 qapiks le kilo sur les marchés locaux.
Le vice-président de l’Autorité exécutive de Khachmaz, Bakhtiyar Osmanov, a déclaré à Minval que les agriculteurs ne jetaient pas leurs récoltes volontairement, tout en admettant avoir vu des vidéos montrant des destructions “pour la forme”.
Appel à la responsabilité — et à une réforme structurelle
La crise met en évidence l’absence de pilotage étatique dans la planification agricole. Les producteurs accusent les responsables de ne pas fournir d’orientations sur les volumes de culture, tandis que les experts soulignent que sans subventions ni achats garantis, ce sont les agriculteurs qui supportent seuls les risques du marché.
Bachir Guliyev, président de l’Association des producteurs et exportateurs de fruits et légumes, a appelé les consommateurs à agir : « Au lieu de seulement partager des vidéos, les gens devraient soutenir directement les agriculteurs. Si chaque famille achetait 10 kilos de tomates, la pression diminuerait. »
Mais les critiques estiment que ce qui manque réellement, c’est un soutien systémique. Dans les pays développés, les gouvernements interviennent avec des subventions, des achats garantis ou des débouchés alternatifs, de l’approvisionnement des institutions sociales à la promotion de l’agritourisme.
Des opportunités manquées
Les experts notent que l’excédent de tomates pourrait même devenir un moteur touristique. L’Espagne, l’Italie et la Turquie ont fait du produit une marque culturelle — festivals, dégustations, itinéraires “de la ferme à la table”. Avec ses sols fertiles et sa réputation agricole, Khachmaz pourrait suivre le même chemin, si les autorités et le secteur privé saisissent ce potentiel.
Pour l’instant, les agriculteurs azerbaïdjanais restent face à une récolte amère. Ce qui s’annonçait comme une année prometteuse s’achève par des pertes, du gaspillage et la preuve qu’une abondance sans planification peut être aussi dévastatrice que la pénurie.
